FLORIAN PUGNAIRE et DAVID RAFFINI
EXPANDED CRASH
2008 - sculpture / archives photographiques / Production: Le Fresnoy
Texte
Sculpture
Accidents de parcours
Expanded Crash est une sculpture évolutive de
Florian Pugnaire et David Raffini, basée sur une compression de la
matière dans une expansion du temps. Au départ, l'idée d'un "crash" ralenti
à l'extrême; au final une voiture qui porte les marques d'une expérience
du temps. Dans une lenteur radicale, une carcasse de 2cv s' "auto-compresse",
mue par un dispositif interne. La plupart du temps, la pièce est inactive
: anti-spectaculaire par son semblant d'inanité, Expanded Crash est une
sculpture qui "prend son temps", dans un rythme à la fois végétal et mécanique.
Plus qu'une simple compression (une poussée qui viendrait contraindre
la forme de l'extérieur), Expanded Crash subit une contraction (de l'intérieur),
qui ramène la matière vers son centre. La machinerie qui meut la sculpture
est visible au travers des vitres et des interstices : elle révèle un
mode de fabrication empirique, entre bricolage et nouvelles technologies.
Nous sommes dans un "faire", une activation de la forme par elle-même.
Le geste que Florian Pugnaire et David Raffini donnent à voir, c'est la
lente mais irrémédiable métamorphose que subit l'objet pour devenir "oeuvre".
Si, face à Expanded Crash, les célèbres compressions de César nous reviennent
en mémoire, la puissance évocatrice des formes nous renvoie également
au fantasme de machine vivante, extrêmement présent dans l'imaginaire
collectif, à travers le cinéma et la littérature. Nous pensons à Christine, la Plymouth meurtrière de John Carpenter
(qui subit une contraction similaire bien qu'inversée à l'écran), à Duel,
de Steven Spielberg, ou bien encore à Crash de J. G. Ballard (adapté à l'écran par David Cronenberg).
Les différents temps d'exposition ont rythmé le parcours d'Expanded Crash
: le Palais de Tokyo a montre la continuité d'un processus amorcé
au Fresnoy, Studio National des Arts Contemporains (Tourcoing). Une fois la contraction terminée, elle a été exposée au
Centre d'Art de la Villa Arson (Nice) dans un nouveau statut,
entre archive, vestige et oeuvre d'art. Des photographies, prises depuis
le début du processus, retranscrivent sa métamorphose.
Pauline Thyss